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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 08:04



Q: Vous n'avez pas été tendre avec les parisiens...

R: [Rires] C'est incroyable les proportions qu'ont pris mes déclarations, qui ont été, évidemment, sorties de leur contexte. C'est beaucoup plus simple. J'ai dit que cela me semblait stupide - ce n'est peut-être pas le mot adéquat - de baser son bonheur sur le malheur des autres. Je faisais références à ce plaisir stupide des gens qui souhaitent le malheur des autres, parce que, théoriquement, cela te ramène à ne plus vouloir donner de bonheur. Ensuite, la conversation s'est prolongée, et l'un des journalistes m'a dit qu'il y avait un public pire que les Français, et qu'il s'agissait des parisiens. Alors, j'ai répondu que le public parisien est stupide parce qu'il désirait ce genre de choses. Rien de plus. Si c'était à redire, je ne le redirais pas, mais je continue à penser que le public parisien - concrétement, celui de Roland Garros - a été incorrect avec les Espagnols.

Q: Ca a fait un sacré bruit...
R: Chacun à le droit de penser ce qu'il veut et de le dire. Il parait que certaines personnes ont rattachés ces propos à la campagne que fait le gouvernement. Que l'on pense que mes mots puissent toucher le tourisme me semble un peu exagéré. Et d'autres se demandent pourquoi le Gouvernement n'a pas réagi à cela. Il ne manquerait plus que le Gouvernement vienne me voir à cause de quelques déclaration que j'ai faites, justes ou fausses... Je crois que cela a pris trop d'ampleur. J'ai le droit de dire ce que je veux et, sans le tirer du contexte, c'est ce que je pense.

Q. Ils s'en sont pris à Rafa, mais aussi à d'autres Espagnols
R: Ils l'ont fait pour tous les Espagnols: Corretja, Arantxa... Nous savons tous l'antipathie qui règne en France vis à vis des Espagnols. Mais ca ne fait rien. C'est bizarre parce que Rafa est quelqu'un d'admiré et aimé, mais ils veulent qu'il perde. Avant d'être n°1, ses entrainements étaient les plus suivis, mais, chaque année, ils veulent qu'il perde.

Q. Le fait d'être n°1 a changé les choses?
R.Non, parce qu'il reste toujours le même. Correjta était n°21. Ca n'a pas fait de différence. C'est le fait d'être Espagnol.

Q. Comment va Rafa?
R. Bien. Affecté par sa défaite douloureuse à Roland Garros, mais comme toute personne qui doit faire face à un échec, si on peut dire. Il est affecté, mais pas plus que la moyenne.

Q. Et qu'en est-il de sa lésion?
R. Je ne veux pas entrer dans le sujet. J'ai déjà parlé de cela, ce serait inutile de le refaire. Pour l'instant, il se repose pour être à 100% à Wimbledon.

Q. Vous envisagez la défaite?

R. Nous considérons la défaite dans chaque tournoi auquel nous participons. Ce qui se passe est que, lorsque tu perds, ca fait très mal.

Q. Quelle est la première chose que vous lui ayez dite suite à sa défaite contre Soderling?
R. Rien du tout... que nous avions mal joué, trop dans la nervosité, et que nous devions recommencer depuis le début.

Q. Comment assimile t'on une défaite comme celle-ci?

R. Comme tout dans la vie, avec le temps... Ce n'est pas la première. Rafael a déjà perdu des matchs - pas beaucoup- qu'il n'aurait pas du perdre, et cette défaite en fait partie. Ca n'est pas un probleme.

Q. Est-ce que ca a quelque chose à voir avec l'effort fourni à Madrid?
R. Non, parce que l'effort produit a été bien moindre que l'année dernière. C'est vrai que Madrid te coupe parce que c'est pas dans la continuité de ce que tu faisais auparavant. Le court est bizarre, parce que l'altitude le rend plus rapide que certains courts rapides. De ce fait, la préparation n'est pas la bonne pour Roland Garros. Mais il n'est pas question de remettre cela sur le dos de Madrid.

Q. Vous pensez que Rafa a des possibilités de gagner encore Wimbledon?
R. A l'heure d'aujourd'hui, je le vois avec moins de possibilités qu'avant parce que ce qui vous donne l'éventualité d'une victoire est la confiance. Lorsque tu perds, tu as moins de confiance. Comme lors des années passées, la victoire réside dans un groupe de joueurs. Si je devais parier, je le ferais sur Federer, Murray, Djokovic, Rafael, Roddick, Del Potro... c'est le groupe de joueurs qui à vraiment envie de gagner actuellement.

Q. Ca aurait été bien mieux de venir avec quelques victoires sous la ceinture.

R. C'est toujours mieux parce que tu arrives avec plus de sereinité, plus de confiance. Le travail est déjà fait. Aujourd'hui, tout parait plus compliqué mais cela peut rapidement s'inverser après 2 ou 3 jours de compétition.

Q. Est ce que le fait qu'il ait à défendre le titre pour la première année puisse changer quelque chose?

R. Non. Ce qui change est la sereinité parce que tu as déjà obtenu quelque chose d'important pour toi, comme cette victoire à Wimbledon, en gardant à l'esprit que, après les 2 finales précèdentes, ce serait très difficile de gagner ici.Tu as cette certitude: tu sais que tu as gagné et que, si tu joues bien, tu peux espérer gagner encore, bien que ce soit très difficile.

Q. Que pensez-vous que Rafa doit encore améliorer?
R. Nous parlons toujours des mêmes choses. Je n'ai jamais rencontré personne qui n'ait plus rien à améliorer. Même Federer, qui a un tennis incroyable, peut s'améliorer ou avoir quelques faiblesses. En ce qui concerne Rafael, il peut améliorer son service. Mais nous avons bien servi en Australie, bien que le niveau n'était pas le même.

Q. Y'a t'il des raisons à cela?
R. Je n'en sais rien, c'est le sport, ce n'est pas mathématique. Tout se passe au feeling. Au golf, il y a des jours où les trous t'apparaissent comme énormes, et d'autres où ils te semblent très petits. C'est pareil pour le tennis.

Q.Vous n'avez jamais catégorisé Rafa parmi les meilleurs joueurs de l'histoire. Vous le pensez vraiment ou bien est-ce une manière de rester motivé?
R. Je dirais la même chose s'il n'était pas mon neveu. Ce n'est pas parce qu'il est de ma famille que je vais le trouver meilleur. La première chose est que, pour savoir qui est le meilleur de tous les temps, il faut connaitre l'histoire. Depuis l'ère Open, en 1968, il y a des joueurs qui sont bien plus qualifiés que lui: Rod Laver, Bjorn Borg et Roger Federer ont marqué la différence par rapport au reste des joueurs. Parce que, en somme, ce qui te définit en tant que meilleur joueur, historiquement, est la différence que tu parviens à établir entre toi et le reste. Et, de ce fait, ces 3 là sont bien au dessus des autres. Dans le groupe suivant, il y aurait Rafael, avec Wilander, Becker, Edberg. Je ne le place pas au sommet parce qu'il n'y est simplement pas. S'il continue à jouer pendant 5 ans et qu'il parvient à remporter 7 Grand Chelems, alors je l'y mettrais.

Q. Federer est-il né de ses cendres?

R. Je ne sais pas, mais cette fois-ci, il a été très chanceux dans le tournoi parce que Djokovic n'a pas été bon. Il a été à un point de la défaite contre Haas et s'en est sorti incroyablement bien contre Acasuso. L'Histoire lui rend hommage. En tout cas, je pense que cette année encore, il n'est pas au top. Il a perdu les moments clés du match en Australie, à Indian Wells, et Madrid. A Monte Carlo, il a mal joué - même si c'est vrai qu'il ne s'était pas beaucoup entraîné- mais, à Madrid, il a plutôt bien joué et, étant donné qu'il a beaucoup de qualité, à partir du moment où tu lui donnes un second souffle.... on l'a bien vu à Paris.


Q. Récemment, une psychologue sportif a affirmé que le pire ennemi de Rafa était sa générosité et qu'il devait se renfermé s'il voulait se renforcer. Qu'en pensez-vous?
R. Je me base sur l'empirisme. S'il n'était pas renformé et qu'ils lui avaient dit qu'il avait la tête dur: aujourd'hui, allons nous dire le contraire? Les gens ont une opinion pour tout, bien que je ne la partage pas. Je n'en comprends pas le sens et ne vois pas très bien si c'est rationnel ou non, parce que je crois que, plus tu es naturel, plus tu es solide. Tu sais que tu mènes une vie normale. Mais si cette psychologue l'affirme, alors elle doit avoir ses raisons.

Q. Quelles peuvent être les solutions aux méthodes antidopages que les joueurs endurent depuis quelques mois?
R. Je ne sais pas, parce que ce n'est pas mon problème. Que ce soit clair: je veux du fair-play. Je l'ai souvent dit, Rafael ne prendra jamais de produits dopants, non pas à cause des controles, mais simplement par principe. Si tu sais que c'est mauvais, alors tu ne le feras pas. De là, je comprends qu'un groupe de personne abuse de leur pouvoir et limite ta propre liberté. Je ne comprends simplement pas pourquoi tu devrais recevoir des avertissements ou bien sacrifier 1 heure journalière de ton temps de sportif au cas où un control serait effectué. Il y a des moyens bien plus simple pour controler tout le monde.

Q. Professionnellement, vous redoutez quelque chose?

R. Les adversaires et les blessures. Si les adversaires jouaient moins bien, Rafael serait toujours au top!

Q. Vous concevez que, le monde médiatique qui entoure Rafa puisse le pénaliser dans son jeu?
R. C'est possible. Mais regardons les résultats: Il fait cela depuis un sacré moment et il est devenu n°1 mondial. Ca peut lui nuire, évidemment, parce que ca lui prend du temps qu'il pourrait passer à l'entrainement, mais ca fait parti de la vie de sportif. Ils ont une vie condensée et, bien qu'il n'aimerait pouvoir jouer qu'au tennis, c'est normal qu'il garde du temps pour autre chose. N'exagérons pas les choses, il fait cela depuis longtemps, et il ne s'en sort pas si mal.

Q. Ce serait bien de rendre le circuit plus sain...
R. Oui, mais c'est très compliqué parce qu'il y a beaucoup d'investissements, et de nombreux tournois ont leurs semaines de prédilection. Si tu changes la surface et les balles, alors ca crée des problèmes. Je serais plutôt partant pour un classement semi-annuel. Je crois que ceux qui sont au top du classement resteraient les mêmes, mais ils seraient plus relaxe parce qu'ils n'auraient jamais la tête sous l'eau.

Q. Le fait d'être entraineur d'un n°1 mondial vous est déjà monté à la tête?

R. Monté à la tête? Non... je me connais, je sais que je ne suis pas très malin

Q. Prouvez-moi que vous n'êtes pas si dur et spartiate que le disent certains journaux.

R. Je suis dur en ce qui concerne les mots, avec Rafael ou même avec mes enfants, mais je ne suis pas spartiate. Je reconnais que je suis dur dans ma manière de faire des reproches, ou de donner mon opinion, dans la manière de s'entrainer. Mais j'étais bien pire lorsque j'étais jeune! [rires]

Q. Si vous étiez l'entraineur d'un autre joueur, quels conseils lui donneriez vous pour jouer Rafa?

R. [Rires] Il y a différentes méthodes, mais tout dépend du joueur que j'entraine. Si c'était Federer ou un de ces joueurs avec un maximum de potentiel, je lui dirais: ' joue comme tu sais le faire, et je sais que tu peux gagner'. Mais si c'était un joueur avec un peu moins de facultés, alors je changerais quelques petites choses. Avec Rafael, j'essaye toujours de rester dans notre palette de jeu et de modifier simplement quelques éléments. Je crois que l'entrainement est le plus efficace, mais s'il ne veut pas monter au filet, je ne vais pas le forcer, même si c'est la clé du match. Pour jouer contre un joueur du top, il faut être très concentré et utilisé chaque petite opportunité que tu as.

Q. Vous lisez les news sur Rafa ou sur vous?

R. Difficilement. Je n'aime pas cela. Je me suis habitué à ne pas les lire avec mon frère, Miguel Angel. Durant ses premiers jours au Majorca FC, je me rendais sur le terrain et lorsque j'en revenais, je disais: 'aujourd'hui, mon frère a bien joué', et puis, le lendemain, je lisais dans la presse qu'il avait été nul. Les majorquins sont très critiques avec leurs joueurs, mais moins avec eux-mêmes. Nous exigeons beaucoup d'eux, et moins de nous-mêmes. Je ne partage pas ce sentiment, et je ne suis exigeant qu'avec moi et avec Rafael, mais pas avec quelqu'un que je ne connais pas. C'est pourquoi j'ai toujours été surpris des critiques que j'ai pu lire sur Carlos Moya. J'ai toujours dit la même chose: 'ce mec est le 7e meilleur joureur du monde et vous êtes plein de mauvais égards, vous, qui êtes 7 millionième dans votre job et qui êtes si plein de considération pour vous-meme. '

Q. Que serait devenu Toni Nadal si Rafa avait fait du football?
R. J'étais entraineur avant Rafael et je faisais du bon boulot avec mes gamins. J'aurais continué quelques années, ou bien je me serais consacré au business que je tiens avec le père de Rafael.

Q. Avez-vous peur que vos chemins se séparent, un de ces jours?
R. Non, le plus important est de savoir rester soit-même. Notre relation est bonne, très agréable, et les choses fonctionnent bien pour Rafael, de cette manière. Même lorsqu'il était enfant, je l'ai toujours responsabilisé face à ses victoires et ses défaites, alors, je ne pense pas devoir me sentir coupable lorsqu'il perd.

Q. Vous vous disputez souvent?
R. Je suis un bagarreur. Ca m'énerve qu'on me dise que j'ai raison et j'ai des opinions que les gens n'ont habituellement pas. Evidemment, nous débattons beaucoup de tennis, football, et de conduite.


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