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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 23:40
- Par Moïse

Récemment retraité du tennis professionnel, le belge Christophe Rochus a donné son avis dans le journal DH, sur le circuit ATP qu'il a cotoyé durant 14 ans de carrière. Des propos très tranchés qui ne manqueront pas de faire réagir!

Vous avez été le premier à dénoncer le dopage dans le tennis. Cela vous a-t-il joué des tours ?

“Oh, oui ! J’ai notamment reçu une lettre de menaces de l’ATP qui m’a encore fait des misères par la suite, mais ce n’est pas un souci. C’est juste la preuve que le système est pourri...”

Vous avez vu des choses pas clean durant votre carrière à ce niveau?

“J’ai vu des choses comme tout le monde. Pour moi, il est inconcevable de pouvoir jouer 5 heures en plein soleil un jour et de courir encore comme un lapin le lendemain.”

Vous souvenez-vous d’un exemple en particulier ?

“Oui, je me rappelle de ce match contre un gars dont je ne citerai pas le nom. Je gagne le premier set 6-1, très facilement. Il s’en va aux toilettes et revient sur le court comme métamorphosé. Il mène 5-3 dans le deuxième set et lorsque je recolle à 5-5 après m’être accroché, il a commencé à saigner du nez. Je me suis dit là que c’était tout de même très bizarre.”

Le dopage est-il un sujet tabou dans le milieu ?

“Oui. C’est comme les paris. Il y a beaucoup de tricherie. Simplement, personne n’aime en parler. Maintenant, moi, cela ne me choque pas. Je voudrais simplement que l’on arrête de faire semblant. Cette hypocrisie est exaspérante...”

Vous seriez pour une légalisation du dopage ?

“En tout cas, je ne serais pas contre. De toute façon, il existe. Les gens qui prennent ce genre de produits savent très bien qu’ils jouent avec leur santé. Mais ils assument en connaissance de cause car cela peut leur permettre de faire vivre toute leur famille. C’est le cas de Canas par exemple. Je peux citer son nom, car il a tout de même été pris deux fois et on peut donc supposer qu’il s’est dopé. À la limite, il s’est sacrifié pour faire vivre durant plusieurs générations sa famille. Sa cause est presque noble...”

Combien de fois avez-vous été contrôlé dans votre carrière ?

“Je ne sais pas. Je dirais que j’ai dû l’être environ 10 à 15 fois par an pendant dix ans.”

Comment se fait-il que les cas positifs soient si peu nombreux en regard au cyclisme, par exemple ?

“A priori, c’est dû à la qualité des contrôles. En cyclisme, ils ont l’aide de vrais laboratoires. Mais là aussi, je me pose des questions. Contador qui a mangé de la viande au clenbutérol, les frères Schleck qui ont fait un virement de 6.000 € à un médecin pour une soi-disant planification d’entraînement. Et tout cela passe. Soyons sérieux...”

Des rumeurs ont même pesé sur Justine Henin au moment de son départ à la retraite. Pensez-vous qu’elles étaient fondées ?

“Je les ai entendues comme vous. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai été surpris par son soudain arrêt de la compétition, sans raison apparente. Un grand champion, généralement, l’annonce plusieurs mois à l’avance et fait une sorte de tour d’honneur...”

On vous a déjà senti irrité par l’aura médiatique de Justine Henin et Kim Clijsters.

“Non. Comprenez-moi bien : j’ai beaucoup d’admiration pour les performances de ces deux joueuses. Ce qui me dérange, c’est que l’on compare les circuits masculin et féminin qui n’ont strictement rien à voir. Justine ne battrait pas le 500e mondial à l’ATP. C’est comme si l’on comparait le foot masculin et le foot féminin...”

À ce point là ?

“Chez les garçons, le niveau est très élevé dès le premier tour. Même Nadal et Federer peuvent être poussés dans leurs derniers retranchements. Chez les filles, en revanche, avant les quarts de finale, c’est de la rigolade. Le niveau est d’une faiblesse affligeante et la différence entre le Top 10 et le Top 100 est énorme.”

Pourtant, lors des Grands Chelems, les prize money sont identiques côté masculin et côté féminin...

“Oui et, désolé, ce n’est pas normal. La grande majorité des joueurs pensent comme moi même s’ils ne le disent pas haut et fort. En toute objectivité, on ne peut pas comparer la masse d’efforts nécessaires pour atteindre la deuxième semaine d’un Grand Chelem chez les garçons et chez les filles. Et je ne parle pas uniquement des matches qui se jouent en cinq sets chez les hommes et en trois sets chez les femmes. Tout est différent. Il suffit de voir avec quelle facilité certaines joueuses reviennent après une longue interruption...”

Vous pensez à Kim et Justine ?

“Pas nécessairement. Voyez la performance que vient de réussir la Japonaise Kimiko Date. Elle arrête sa carrière pendant dix ans et elle revient au sommet à 40 ans. Comme si de rien n’était. C’est une honte! Jamais ce genre d’histoire n’arriverait sur le circuit ATP. Le come-back raté de Thomas Muster en est la plus belle preuve.”

Estimez-vous dès lors que la popularité dont bénéficient Justine et Kim est exagérée ?

“Non, pas du tout. Au contraire. Je le répète : ce sont deux championnes exceptionnelles qui ont réussi des exploits fabuleux et qui peuvent encore prétendre au statut de n°1. Je veux juste remettre les choses dans un contexte purement sportif.”

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