Comment Mayar Sherif est passée du désespoir au triomphe : 3 titres en un mois et le secret qui a tout changé
Mayar Sherif : un retour en force après avoir touché le fond
Mayar Sherif incarne aujourd’hui la résilience. En l’espace d’un mois, l’Égyptienne a enchaîné les succès: trois titres sur quatre tournois disputés (Brescia, Contrexeville et l’ATP 250 d’Iasi) et une progression fulgurante de 74 places au classement WTA, la propulsant à nouveau dans le top 55. Pourtant, ce renouveau est né d’un des creux les plus profonds de sa carrière, marqué par une perte de confiance et des épisodes d’anxiété qui l’ont éloignée du haut niveau.
Il y a quelques mois, Sherif pointait au 129e rang mondial. Ce recul a accentué ses doutes et fragilisé son état mental, au point qu’elle évoque ces moments comme « l’un des pires de ma vie ». Cette période de doute a pris fin progressivement grâce à un travail acharné mais aussi à une série de décisions personnelles qui lui ont permis de se recentrer. Un voyage à Varsovie pour retrouver sa sœur a joué un rôle clé: loin des pressions du circuit, elle a retrouvé de la légèreté, des rires et un sentiment d’appartenance qui l’ont aidée à se « réinitialiser ».
Le déclic : les qualifications de Roland‑Garros
Sur le plan sportif, le véritable tournant est survenu lors des qualifications de Roland‑Garros. Sherif cite un match décisif contre Martina Trevisan en phase qualificative: le dernier set de ce duel lui a permis de briser le cercle de l’appréhension. Elle a décrit ce moment comme la première fois depuis longtemps où elle n’a plus ressenti l’anxiété de conclure un match. Au contraire, elle a retrouvé l’instinct de compétitrice qui lui permet désormais de prendre les matchs à son compte et de refermer les rencontres quand l’occasion se présente.
Cette bascule mentale s’est traduite par une montée en puissance progressive sur le circuit : des victoires régulières, une confiance retrouvée dans son jeu et la conviction que le travail fourni finirait par payer. Le résultat est sans appel : quinze victoires en seize matches et trois trophées en quelques semaines. Une dynamique qui illustre parfaitement l’expression « picar piedra » — gratter la pierre — tant utilisée pour décrire celui ou celle qui creuse son sillon avec ténacité.
Ce qui a changé sur le plan mental et tactique
La force du relâchement humain
Le voyage à Varsovie illustre un point souvent sous-estimé dans la carrière d’un athlète : la nécessité de conserver une vie en dehors du sport. Sherif raconte comment des moments simples — voir des compatriotes, rire devant un film égyptien, partager des instants avec sa sœur — lui ont permis de se sentir « normale » à nouveau. Ce relâchement hors du cadre compétitif a dissous la pression interne et permis au tennis de redevenir une source d’épanouissement plutôt qu’une obligation pesante.
Sur le plan purement pratique, l’angle de cet apaisement mental se traduit par une meilleure capacité de concentration durant les moments décisifs. En fin de match, place à la clarté d’esprit : au lieu de subir l’issue, Sherif impose son rythme et prend les bonnes décisions, ce qui explique en partie ses succès récents et sa série de victoires serrées (par exemple son triomphe en trois sets à Hambourg contre Waltert).
Perspectives et état d’esprit actuel
Après ces trois titres consécutifs, l’ambition de Sherif reste intacte. Loin de se satisfaire, elle explique vouloir encore progresser et profiter davantage du circuit. Avoir longtemps évolué sans véritablement apprécier sa position parmi les meilleurs l’a conduite à adopter une nouvelle approche : jouer avec gratitude, savourer chaque tournoi et attaquer chaque match avec une mentalité de gagneuse.
Ce nouvel état d’esprit est une menace claire pour ses adversaires : Sherif n’est plus seulement une joueuse à combattre physiquement, elle est une joueuse restaurée mentalement, prête à capitaliser sur les efforts fournis et à défendre ses acquis tout en visant de nouveaux sommets. La rencontre à venir avec Paula Badosa en témoigne — au‑delà du duel tactique, c’est un examen de maîtrise émotionnelle et de capacité à gérer la pression.
Sur le plan technique, ses trajectoires de coup, sa profondeur et sa capacité à dicter le jeu depuis l’arrière continuent d’être ses atouts majeurs. Mais c’est surtout la combinaison entre ce jeu et une confiance retrouvée qui transforme Mayar Sherif en l’une des joueuses à suivre désormais sur le circuit WTA.
