B Krejcikova : parcours, palmarès et actualité de la joueuse de tennis tchèque
B Krejcikova : parcours, palmarès et actualité de la joueuse de tennis tchèque
Une joueuse complète, façonnée par le double
Barbora Krejcikova n’a pas suivi la trajectoire classique des grandes championnes. Longtemps identifiée comme une spécialiste du double, la Tchèque a bâti une partie de sa réputation raquette en main aux côtés de sa compatriote Katerina Siniakova. Puis elle a prouvé qu’elle pouvait aussi dominer en simple, jusqu’à remporter deux titres du Grand Chelem. Son parcours rappelle une évidence souvent oubliée : au tennis, la patience et la polyvalence peuvent finir par faire la différence.
Née le 18 décembre 1995 à Brno, en République tchèque, Krejcikova s’appuie sur un jeu complet plutôt que sur une arme unique. Elle sait construire l’échange, varier les trajectoires et prendre le filet au bon moment. Son expérience du double renforce notamment son sens du placement et son instinct dans les phases de transition. Elle n’a pas besoin de frapper plus fort que tout le monde : elle cherche d’abord à jouer juste.
Cette approche demande du calme et une excellente lecture tactique. Elle peut avancer dans le terrain pour écourter un échange, mais aussi défendre avec suffisamment de rigueur pour pousser l’adversaire à la faute. Son tennis n’est pas toujours spectaculaire au premier regard. Il devient beaucoup plus difficile à contrer quand elle impose son rythme.
La rencontre décisive avec Jana Novotna
Un nom compte particulièrement dans l’histoire de Krejcikova : celui de Jana Novotna. Ancienne numéro deux mondiale et gagnante de Wimbledon en 1998, Novotna a repéré la jeune joueuse et l’a accompagnée au début de sa carrière. Son influence a contribué à faire mûrir le jeu de Krejcikova, notamment dans la manière d’aborder les moments importants.
Novotna est morte en 2017, mais son rôle n’a pas été oublié. Krejcikova lui a souvent rendu hommage, et sa victoire à Wimbledon en 2024 a donné à cette histoire une résonance particulière. La Tchèque a expliqué que son ancienne mentor avait compté dans son parcours. Pour elle, soulever le trophée sur le gazon londonien avait donc une valeur qui dépassait le simple palmarès.
Le lien entre les deux joueuses illustre aussi une tradition tchèque de transmission. Le pays a produit plusieurs championnes et joueurs de premier plan, avec une culture du tennis où l’apprentissage technique et la discipline occupent une place centrale. Krejcikova s’inscrit dans cette lignée, mais avec un profil bien à elle : une carrière construite d’abord en double, puis une montée en puissance remarquable en simple.
Le double, un laboratoire avant les grands titres
Avec Katerina Siniakova, Krejcikova forme l’une des paires les plus solides de sa génération. Les deux Tchèques remportent leur premier titre du Grand Chelem à Roland-Garros en 2018, puis s’imposent à Wimbledon la même année. Leur association repose sur une complémentarité efficace : couverture du court, jeu de volée précis et capacité à prendre l’initiative sans se désorganiser.
La suite confirme leur statut. Elles gagnent notamment l’Open d’Australie en 2021 et 2022, Roland-Garros en 2021, Wimbledon en 2022 et l’US Open en 2022. À ces titres s’ajoute une médaille d’or en double aux Jeux olympiques de Tokyo, disputés en 2021. En remportant les quatre tournois du Grand Chelem au cours de leur carrière commune, elles accomplissent aussi le Grand Chelem en carrière en double.
Ces succès ne sont pas un simple chapitre annexe. Le double a servi de terrain d’apprentissage à Krejcikova : il lui a donné des repères dans les déplacements vers l’avant, l’anticipation et la gestion des points sous pression. Ces qualités sont devenues précieuses en simple, où elle sait varier les schémas au lieu de s’enfermer dans un échange de fond de court sans fin.
Roland-Garros 2021, le premier grand coup en simple
Avant son sacre parisien, Krejcikova avait déjà montré qu’elle pouvait inquiéter les meilleures. À Roland-Garros en 2021, elle franchit un cap. Elle remporte le tournoi en simple, puis s’impose aussi en double avec Siniakova. Réaliser ce doublé dans le même tournoi exige une endurance physique et mentale considérable : les matches s’enchaînent, les routines changent et la récupération devient un enjeu à part entière.
En finale du simple, elle bat Anastasia Pavlyuchenkova en trois manches, 6-1, 2-6, 6-4. Le score raconte bien la difficulté du match : après un premier set maîtrisé, Krejcikova doit encaisser le retour de son adversaire, puis reprendre le contrôle dans la manche décisive. Elle signe ainsi son premier titre majeur en simple, à 25 ans, après avoir déjà accumulé de nombreux succès en double.
Ce titre récompense un parcours où la patience a compté autant que le talent. Krejcikova n’était pas arrivée à Paris avec l’étiquette de favorite numéro un. Mais elle a éliminé plusieurs joueuses de haut niveau et a su garder une ligne claire dans les moments serrés. Dans un tournoi où la terre battue impose souvent de longues séquences, sa capacité à varier les angles et à déplacer son adversaire a fait la différence.
La Tchèque remporte également les finales WTA en double en 2021 avec Siniakova. La même saison, son statut change durablement : elle n’est plus seulement une spécialiste du double capable de réussir quelques coups en simple. Elle devient une joueuse de premier plan sur les deux tableaux.
Une numéro deux mondiale au jeu sans faiblesse évidente
La progression de Krejcikova se traduit dans les classements. En simple, elle atteint la deuxième place mondiale en février 2022. Ce sommet n’est pas le fruit d’une seule semaine brillante : elle a enchaîné les performances, confirmé son niveau après Roland-Garros et gagné plusieurs titres sur différentes surfaces.
Son style est difficile à résumer par une statistique isolée. Elle possède un service suffisamment solide pour se protéger dans les jeux importants, un revers fiable et une bonne capacité à changer la direction de la balle. Mais l’un de ses atouts majeurs est peut-être sa polyvalence. Elle sait jouer en cadence, ralentir l’échange avec une balle plus travaillée ou monter au filet quand l’ouverture se présente.
Cette variété complique le travail de ses adversaires. Face à une joueuse qui attend une succession de frappes puissantes, Krejcikova peut casser le rythme. Face à une adversaire qui cherche à la déplacer, elle peut prendre la balle tôt et reprendre l’initiative. Elle gagne souvent en donnant à l’échange une forme qui ne convient pas à l’autre joueuse.
Son parcours est cependant moins linéaire que celui de certaines rivales. Les blessures et les périodes d’irrégularité ont parfois freiné son élan. La saison 2023, notamment, a été marquée par des problèmes physiques qui ont perturbé sa continuité. Dans une discipline où le classement dépend d’une succession de résultats, quelques semaines d’arrêt peuvent rapidement peser lourd.
Wimbledon 2024, une victoire chargée de sens
En 2024, Krejcikova ajoute un deuxième titre du Grand Chelem en simple à son palmarès. Elle remporte Wimbledon après un parcours exigeant, marqué notamment par une victoire en demi-finale contre Elena Rybakina, ancienne championne du tournoi. En finale, elle bat l’Italienne Jasmine Paolini 6-2, 2-6, 6-4.
Le match change de visage à plusieurs reprises. Krejcikova démarre très fort et prend le premier set. Paolini réagit dans la deuxième manche, impose davantage d’intensité et égalise. Tout se joue donc au troisième set, où la Tchèque parvient à maintenir sa qualité de frappe et à mieux gérer les points décisifs. Le score final reflète un duel en trois temps, pas une promenade sur le gazon londonien.
Ce succès a une portée particulière. Krejcikova devient championne de Wimbledon après avoir remporté Roland-Garros, deux titres obtenus sur des surfaces très différentes. La terre battue demande de construire et de défendre ; le gazon récompense davantage les prises de balle précoces, le service et les transitions rapides. Gagner sur ces deux terrains confirme l’étendue de son registre.
La victoire rappelle aussi la place de Jana Novotna dans son parcours. Krejcikova a exprimé l’émotion que représentait pour elle ce titre, remporté sur le court central du tournoi qui avait consacré son mentor. Une belle histoire, certes, mais soutenue par des faits sportifs solides : elle a dû battre des adversaires dangereuses, rester lucide après la perte du deuxième set et conclure le match sans se laisser emporter par l’enjeu.
Palmarès et repères de carrière
Le palmarès de Krejcikova est exceptionnel par sa diversité. Elle a gagné en simple, en double et en double mixte, dans les tournois majeurs comme sur le circuit régulier. Voici les principaux repères de sa carrière :
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Deux titres du Grand Chelem en simple : Roland-Garros en 2021 et Wimbledon en 2024.
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Une première place mondiale en double, atteinte avec une série de succès majeurs aux côtés de Katerina Siniakova.
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Sept titres du Grand Chelem en double, remportés entre 2018 et 2022.
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Une médaille d’or olympique en double aux Jeux de Tokyo, avec Siniakova.
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Un sommet à la deuxième place du classement mondial en simple, atteint en février 2022.
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Des titres WTA en simple, notamment à Strasbourg et Prague en 2021, à Tallinn en 2022, puis à Dubaï, Birmingham et San Diego en 2023.
À ces résultats s’ajoutent des succès en double mixte, dont des titres du Grand Chelem avec différents partenaires. Cette capacité à briller dans plusieurs formats explique pourquoi son palmarès se distingue autant. Peu de joueuses de sa génération ont combiné une telle réussite en simple et en double.
Quelle actualité pour Barbora Krejcikova ?
Après son titre à Wimbledon en 2024, l’enjeu pour Krejcikova est de retrouver de la continuité. Son niveau maximal ne fait plus débat : elle a remporté deux tournois majeurs en simple, battu des joueuses de premier plan et montré qu’elle pouvait s’adapter aux surfaces. La question est plutôt celle de la régularité, en particulier après les périodes perturbées par les blessures.
Le calendrier du circuit féminin ne laisse que peu de marge. Une joueuse doit défendre les points gagnés la saison précédente tout en gérant les déplacements, les changements de surface et la fatigue accumulée. Pour Krejcikova, chaque retour en compétition implique donc de retrouver des repères sans brûler les étapes. Son expérience du double peut l’aider à conserver des sensations de match, mais elle ne remplace pas le rythme spécifique des rencontres en simple.
Son actualité se lit aussi à travers ses choix de jeu. Lorsqu’elle est en confiance, elle varie davantage, avance dans le court et transforme rapidement une position neutre en situation d’attaque. Quand le rythme lui échappe, elle peut au contraire se retrouver à défendre trop longtemps. La marge se joue souvent là : dans sa capacité à reprendre l’initiative sans forcer prématurément.
Pour les observateurs, Krejcikova reste donc une joueuse à suivre de près plutôt qu’un simple nom associé à un titre passé. Son palmarès prouve qu’elle sait gagner les grands rendez-vous. La suite dépendra de sa capacité à rester en bonne santé et à enchaîner les semaines de compétition. À 29 ans en 2024, elle dispose encore de l’expérience et du jeu nécessaires pour viser haut, à condition que son corps lui laisse le temps de s’installer.
Une championne qui gagne par l’intelligence du jeu
Barbora Krejcikova n’est pas seulement une double championne du Grand Chelem en simple. Elle est l’exemple d’une joueuse dont les qualités se renforcent mutuellement : l’expérience du double nourrit son sens du placement, tandis que son jeu de fond de court lui permet de tenir face aux meilleures. Son parcours, de joueuse de double reconnue à championne de Wimbledon, s’est construit sans raccourci.
La Tchèque ne gagne pas toujours en imposant une puissance supérieure. Elle gagne en lisant le jeu, en changeant de rythme et en choisissant le bon moment pour accélérer. C’est moins tapageur qu’un service à 200 km/h, mais tout aussi efficace. Et quand son jeu s’exprime pleinement, elle rappelle qu’au tennis, la meilleure arme n’est pas toujours celle qui fait le plus de bruit : c’est celle que l’adversaire ne parvient pas à neutraliser.
