8 février 2026

Bublik avoue ne pas être prêt pour un Grand Chelem — ce qu’il doit changer d’urgence pour y parvenir

US OPEN 2025 Alexander Bublik (KAZ) Photo © Ray Giubilo

Alexander Bublik est l’un des visages les plus singuliers et intrigants du circuit ATP. Doté d’un coup droit tonitruant, d’un service imprévisible et d’un sens du spectacle rarissime, le Kazakh a gravi des échelons ces dernières saisons pour s’installer durablement dans le top 10. Malgré cette ascension et des performances de haut niveau, il a récemment livré une analyse lucide sur ses ambitions en Grand Chelem : il n’est pas encore prêt à en gagner un.

Après une audition mitigée en Australie où il a été dominé par Alex De Minaur (6-4, 6-1, 6-1) en huitièmes de finale, Bublik n’a pas cherché d’excuses. Son constat, partagé lors de l’événement « First&Red », reflète une prise de conscience mûrie : le palier requis pour remporter un Major ne dépend pas seulement du talent brut ni des qualités déployées sur un match, mais d’une capacité à enchainer physiquement et tactiquement sur plusieurs rencontres au meilleur des cinq manches.

Évaluation physique et endurance sur cinq sets

Le point central de son propos porte sur la condition physique. Bublik reconnaît lui-même manquer de la « réserve » nécessaire pour soutenir trois matches à cinq sets contre des adversaires du top 5. C’est un élément essentiel et parfois sous-estimé : le tennis de très haut niveau exige une répétition de performances optimales. Les vainqueurs de Grand Chelem modernes allient puissance, endurance, gestion des ressources et capacité à maintenir une intensité mentale sur deux semaines.

Sur le plan physiologique, tenir un Grand Chelem implique :

  • une récupération ultra-efficace entre les matches ;
  • une capacité à limiter la dépense énergétique inutile lors des échanges longs ;
  • une robustesse face aux aléas (crampes, petits bobos, fatigue mentale).
  • Bublik admet être conscient de ces limites. À 29 ans, l’horloge sportive joue un rôle dans ses priorités : il souhaite progresser, mais il mesure aussi le temps dont il dispose pour franchir ces derniers paliers.

    Aspects techniques et tactiques à peaufiner

    Si le physique est l’angle d’attaque principal de son auto-évaluation, il ne néglige pas le volet technique et tactique. Son jeu, basé sur la prise d’initiative et la variété, est une arme redoutable face à beaucoup d’adversaires. Toutefois, contre les meilleurs, la marge d’erreur se réduit drastiquement. Les Top 5 savent punir la moindre permutation d’angle ou la baisse de régularité.

    Trois axes techniques se dégagent pour Bublik :

  • améliorer la constance sur les échanges prolongés : réduire le nombre de fautes directes et stabiliser la cadence sur les points clés ;
  • optimiser la seconde balle de service et la capacité à transformer les opportunités sur les retours adverses ;
  • affiner la gestion tactique des matches à rallonge, apprendre à économiser de l’énergie sans sacrifier l’agressivité.
  • Objectifs réalistes et progressifs

    Plutôt que de se fixer l’objectif maximaliste de « gagner un Grand Chelem » à court terme, Bublik adopte une méthode pragmatique. Il évoque vouloir enchaîner des victoires au cinquième set contre des joueurs du top 5, ce qui est un marqueur pertinent : réussir ce type de matches prouve que l’on détient la force mentale et physique nécessaire pour durer. Ces objectifs intermédiaires ont deux vertus : ils sont mesurables et ils renforcent la confiance par palier.

    Pour un joueur de sa trempe, le plan de progression pourrait inclure :

  • programmes de renforcement spécifiques axés sur l’endurance anaérobie et la récupération ;
  • adaptation du calendrier pour mieux cibler les rendez-vous où il peut travailler ses faiblesses sans sacrifier le haut niveau ;
  • séances tactiques dédiées aux scenarios de cinq sets (gestion du momentum, variations de rythme, routines de récupération entre les sets).
  • Le facteur âge et la gestion de carrière

    À 29 ans, Bublik n’est ni dans la fleur de l’adolescence ni au déclin. C’est une période où l’expérience et la maturité peuvent compenser des déficits physiques passagers si l’encadrement est adapté. Le message qu’il fait passer — « je ne sais pas combien de temps il me reste » — traduit une urgence contrôlée. Il souhaite maximiser son potentiel tout en gardant une approche réaliste.

    La gestion du calendrier et la sélection des objectifs deviendront cruciales. Privilégier des surfaces ou des tournois qui lui permettent d’optimiser sa préparation physique et mentale pour les rendez-vous majeurs peut constituer une stratégie payante.

    Le mental, un chantier permanent

    Bublik est reconnu pour son caractère fantasque et son aptitude à surprendre. Cependant, la quête d’un Grand Chelem impose une constance mentale que peu possèdent. S’habituer aux attentes, apprendre à gérer la pression des grands rendez-vous et transformer l’instabilité émotionnelle en un moteur plutôt qu’en frein sont des chantiers qui demandent temps et travail avec des spécialistes (psychologues du sport, préparateurs mentaux).

    Sa déclaration publique de ne pas être prêt est, paradoxalement, une excellente base : acceptation des limites, définition d’objectifs concrets et construction d’un plan pour y parvenir. Cette humilité pragmatique est la première étape d’une progression durable.

    En tant qu’ancien compétiteur, je vois dans l’approche de Bublik une sagesse tactique. Tout joueur qui veut franchir le palier des Majors doit associer talent, entraînement ciblé et plan de carrière intelligent. Bublik possède le talent — il lui reste à coller les pièces manquantes du puzzle pour transformer ses éclairs de génie en constance de champion capable de triompher sur deux semaines de lutte acharnée.

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