Coupe Davis : les absences choc et le pari risqué des États‑Unis — Quinn et Nava appelés, et si c’était la surprise de l’année ?
2019 DAVIS CUP FINALS by Rakuten Quarterfinal SPAIN vs ARGENTINA Photo © Ray Giubilo 2019
Les convocations pour les play‑offs de la Coupe Davis de février déclenchent un débat majeur : de nombreuses nations ont choisi d’envoyer des équipes dépourvues de leurs têtes d’affiche, et les États‑Unis ont opté pour des solutions surprenantes en alignant Ethan Quinn et Emilio Nava comme 13e et 14e choix pour les simples. En tant qu’ancien joueur classé -2/6, j’examine ici les implications sportives et stratégiques de ces listes, ce qu’elles disent de l’intérêt actuel pour la Coupe Davis, et comment les fédérations gèrent un calendrier de plus en plus saturé.
Un calendrier qui dilue l’engagement
La programmation des play‑offs, prévue entre le 5 et le 8 février, tombe à seulement quelques jours de la fin de l’Australian Open. Ce placement temporaire change la nature même du tournoi par équipes : pour beaucoup de joueurs, la priorité reste le Grand Chelem et la récupération après deux semaines de lutte intense. Les fédérations doivent donc jongler entre protéger leurs cadres et présenter des équipes compétitives.
La conséquence est claire : on assiste à une forme de sélection par défaut. Des joueurs de premier plan — parfois des stars consolidées — sont absents de ces premières listes. Les Italiens, eux, attendent à Bologne les adversaires des Finales, mais partout ailleurs, la Coupe Davis se joue désormais dans un contexte où disponibilité et motivation varient fortement selon les nations.
Le pari américain : Quinn et Nava sur la terre
Pour les États‑Unis, la décision d’envoyer Ethan Quinn (76e) et Emilio Nava (88e) en simples sur la terre battue hongroise est un choix pragmatique. Contre l’idée d’aligner des noms plus prestigieux qui ne seraient peut‑être pas adaptés à la surface ou physiquement prêts, la fédération mise sur des joueurs jeunes et disponibles, capables de produire du tennis solide sur terre.
Ce choix souligne une stratégie : privilégier la disponibilité et l’adaptation à la surface plutôt que la seule carte du prestige. Sur le plan tactique, ce sont des joueurs qui peuvent s’exposer davantage, tenter des variations et jouer sans la pression étouffante qui pèse sur les stars.
Les absences qui pèsent
Plusieurs fédérations ont laissé leur « top » hors de la liste initiale : Zverev pour l’Allemagne, Fonseca pour le Brésil, Auger‑Aliassime pour le Canada, De Minaur pour l’Australie, Griekspoor pour les Pays‑Bas, Cerundolo et Baez pour l’Argentine, Djokovic pour la Serbie… Ces omissions peuvent s’expliquer par des problèmes de calendrier, de forme physique, ou par une volonté stratégique des joueurs de préserver leur saison.
Mais au‑delà des raisons individuelles, cela soulève une question plus vaste : combien la Coupe Davis pèse‑t‑elle aujourd’hui dans la balance des priorités d’un joueur professionnel ? Les réponses divergent. Pour certains, c’est un honneur national à défendre coûte que coûte ; pour d’autres, c’est une compétition supplémentaire potentiellement coûteuse en énergie et en risque de blessure.
Rencontres clés et profils à surveiller
Certaines confrontations attirent l’attention par leur intérêt compétitif : Norvège‑Grande‑Bretagne promet un duel intéressant si Ruud joue contre Draper (même si Draper est incertain) et Norrie. La République Tchèque mise sur Mensik et Lehecka, la France alignera Rinderknech et Humbert, et on retrouvera des vétérans fiables comme Cilic (Croatie) et Nishikori (Japon).
La nature des surfaces annoncées (terre battue extérieure pour certains, dur indoor pour d’autres) rend chaque tie unique. Les fédérations qui choisissent des joueurs adaptés à la surface augmentent leurs chances de succès, même sans stars absolues.
Format et stratégie de sélection
Le format des rencontres prévoit cinq matches : deux simples le premier jour, le double, puis deux simples le deuxième jour. Ce format exige une capacité d’équilibre entre puissance en simple et complémentarité au double. Envoyer des joueurs polyvalents, capables de tenir deux jours et d’être efficaces au double, devient crucial.
Le rôle de l’Italie et l’honneur rendu à la compétition
L’Italie, organisatrice des Finales et récente dominatrice de l’épreuve, incarne encore le respect de la tradition de la Coupe Davis. Sa présence comme hôte confère à la compétition un cachet particulier, mais l’engagement des autres nations reste variable. On peut espérer que certains champions, éventuellement déçus par Melbourne, se rendent disponibles au dernier moment pour honorer la Coupe et élever le niveau.
En définitive, ces convocations montrent une Coupe Davis en mutation : d’un côté, l’importance symbolique reste élevée pour certaines fédérations et joueurs ; de l’autre, la réalité du calendrier professionnel oblige à des choix pragmatiques. Pour les observateurs comme pour les joueurs appelés à remplacer les stars, c’est une opportunité : se mettre en valeur sur la scène internationale, prendre confiance, et potentiellement offrir des surprises qui feront évoluer la perception de l’épreuve.
