Dubai en crise : pourquoi les forfaits de Sabalenka et Świątek menacent tout le calendrier WTA (ce que personne n’ose dire)
Le swing du Moyen-Orient sous tension : quand le calendrier WTA pousse les joueuses à dire stop
Après Doha, place à Dubai — mais cette édition du WTA 1000 du Golfe ne restera pas dans les mémoires pour la qualité du jeu seul. En l’espace de quelques jours, le tournoi a été secoué par une série de forfaits et de polémiques qui mettent en lumière un problème structurel : l’élargissement du calendrier et l’accumulation des épreuves obligatoires pèsent désormais lourd sur les épaules des meilleures joueuses.
Un calendrier plus dense, des joueuses à bout de souffle
La réforme des calendriers a offert à Doha et Dubai le statut de WTA 1000, mais elle a aussi accru les obligations des joueuses. Le nombre d’épreuves « mandatory » est passé de 16 à 20, avec plusieurs WTA 1000 désormais étalés sur deux semaines. Le résultat logique est un surcroît de matches, de voyages et une marge de récupération réduite. Pour des joueuses engagées sur le long terme, comme Iga Świątek et Aryna Sabalenka, la tension devient intenable : la première a déjà dépassé les soixante matches en 2024, un volume que peu peuvent soutenir sans conséquence physique ou mentale.
Sabalenka et Świątek déclenchent la polémique
Le retrait à la dernière minute des deux meilleures joueuses mondiales a provoqué la colère du directeur du tournoi de Dubai, qui a dénoncé le préjudice subi et demandé des sanctions plus sévères que de simples amendes. Il a suggéré, notamment, une perte de points au classement pour les absences non justifiées. Pourtant, il faut rappeler qu’un mécanisme de réduction de points existe déjà : depuis deux ans, les joueuses ne respectant pas l’obligation (dix WTA 1000 et six WTA 500) subissent des déductions de points. Le cœur du débat dépasse donc la sanction : il touche à la viabilité même du calendrier et à l’équilibre à trouver entre attentes des tournois et capacité de jouer des têtes de série.
Les conséquences immédiates sur le tableau de Dubai
Le retrait des leaders du classement a eu un effet domino sur le tableau : pour combler les vides, les organisateurs ont rappelé plusieurs joueuses issues des qualifications et même des lucky losers, modifiant considérablement la physionomie du tournoi. En parallèle, une « moria » de forfaits — avant et pendant les qualifications — a écorné la régularité du spectacle : sept forfaits avant les qualifs, sept pendant les qualifs, et encore cinq pendant le tournoi. Résultat : des walkovers, des matches tronqués et un public privé de certaines affiches attendues.
Point sur les performances et les débuts ratés
Dans ce contexte perturbé, les performances sur le court racontent aussi une histoire de transition. Certaines têtes d’affiche ont tenu leur rang : Elena Rybakina a signé un match autoritaire (6-1, 6-2 contre Kimberly Birrell), et Coco Gauff a validé son ticket (6-4, 6-4 contre Anna Kalinskaya). En revanche, plusieurs joueuses ont dû renoncer ou ont porté les stigmates de la surcharge — Aljona Ostapenko a fini son match d’ouverture très diminuée, et Mirra Andreeva accède au tour suivant sans jouer suite au forfait de Daria Kasatkina.
La situation des Italiennes : Cocciaretto forfait, Paolini encore en difficulté
Pour l’Italie, la coupe est amère. Elisabetta Cocciaretto a déclaré forfait en raison d’une blessure à la cuisse, mais c’est surtout la sortie précoce de Jasmine Paolini qui inquiète. La championne à Dubai en 2024 n’a pas trouvé son jeu et s’est inclinée au premier tour face à la jeune Alexandra Eala, 6-1, 7-6(5). Cette défaite s’ajoute à une série de contre-performances depuis le début de la saison : manque de rythme, confiance vacillante et difficulté à convertir les moments clés. Sur le circuit WTA, chaque match compte et une phase de résultat négatif peut vite s’auto-entrenoir.
Que dit ce tourbillon sur l’avenir du circuit féminin ?
La situation de Dubai est symptomatique d’un malaise plus large. Les tournois veulent des stars, et les stars demandent des conditions qui permettent de préserver leur longévité sportive. La solution ne se trouvera pas uniquement dans des sanctions punitives ; elle exige un dialogue structuré entre joueuses, WTA et organisateurs. Ajuster le calendrier, repenser la notion d’obligatorité, planifier des fenêtres de repos obligatoires ou proposer un modèle d’alternance des têtes d’affiche pourraient être des pistes à explorer.
Conséquences pour l’image du tournoi et pour les spectateurs
Un tableau déséquilibré, des forfaits de dernière minute et des matches annulés impactent directement l’expérience des spectateurs et la valeur commerciale d’un événement. Les organisateurs doivent trouver un équilibre entre exigence de prestige (attirer les meilleures) et respect de la santé des joueuses. À défaut, le risque est de voir une désaffection progressive du public pour des tournois frappés par des absences répétées.
Un appel à la raison et à la gestion humaine du calendrier
En tant qu’ancien joueur, je vois clairement que la performance à haut niveau nécessite une planification minutieuse des charges de travail. Il est illusoire de penser que l’on peut aligner une densité de matches, de déplacements et d’engagements médiatiques sans conséquences. La WTA et les organisateurs doivent prioriser la durabilité du circuit : la longévité des carrières, la qualité des matches et la protection des athlètes ne sont pas négociables si l’on veut préserver l’attractivité du tennis féminin sur le long terme.
