Mensik renverse Sinner à Doha : l’exploit qui choque le circuit et relance la course au trône
Jakub Mensik a réalisé l’une des plus belles performances de sa jeune carrière en éliminant Jannik Sinner au stade des quarts de finale de l’ATP 500 de Doha. Le Tchèque s’est imposé en trois sets, 7-6(3), 2-6, 6-3, au terme d’un duel intense qui a duré près de deux heures et demie. Analyse technique et lecture tactique d’un match où l’initiative offensive du vainqueur a fait la différence.
Un départ serré, où la tension gouverne les échanges
Le premier set a été une véritable bataille d’engagements. Sinner, habituellement dominateur sur les échanges longs et poussé par un service performant, a peiné à trouver son rythme face à l’agressivité de Mensik. Dès le troisième jeu, le Tchèque se retrouve menacé 0-40 sur son service, et sauve ainsi des occasions précieuses. Ces premières minutes montrent que Mensik n’est pas venu pour subir : il impose la cadence avec un service puissant et des coups d’attaque qui coupent les échanges.
Le jeu très équilibré conduit naturellement au tie-break. Là, Mensik prend un avantage psychologique important : un premier mini-break provoqué par un dritto manqué de Sinner, puis une longueur de ligne de revers impeccablement exécutée qui clôt le jeu décisif 7-3. Techniquement, on note la qualité des prises de balles hautes et la pénétration du coup droit de Mensik, combinées à une capacité à varier le jeu qui gêne la constance de Sinner.
Le deuxième set : Sinner reprend le contrôle par la régularité
Le passage au second set est marqué par une réaction nette de Sinner. Il augmente son pourcentage de points gagnés derrière la seconde balle, passant d’environ 64 % dans le premier set à 78 % dans le deuxième. Ce paramètre est fondamental : en limitant les mini-breacks et en servant plus de secondes efficaces, il contraint Mensik à jouer plus de balles en retour, où le Tchèque accumule les fautes.
Sur le plan tactique, Sinner varie davantage en début de point, insérant des amorties et des changements de rythme qui cassent l’équilibre du Tchèque. Ces palliatifs réduisent l’impact de la première balle de Mensik et ouvrent des angles pour le revers de Sinner. Le premier break survient au sixième jeu, après que Mensik cède sur un double faute à 0-40 : un tournant symptomatique, car il révèle aussi la nervosité du Tchèque quand la pression augmente.
La seconde perte de service au huitième jeu scelle le set en faveur de Sinner (6-2). Statistiquement, Mensik affiche un ratio de fautes directes supérieur au nombre de coups gagnants à ce moment du match (15 non forcés contre 6 gagnants dans le second set selon les chiffres disponibles), ce qui explique la bascule temporaire.
Le troisième set : Mensik repart à l’offensive et tient sa chance
Le set décisif reprend avec une dynamique similaire au premier : Mensik reprend la main sur l’agressivité, remettant la pression sur le revers de Sinner et cherchant systématiquement à conclure les échanges plutôt que de subir. Très vite, il obtient des occasions et transforme l’une d’elles en break après une erreur de dritto de Sinner qui heurte le filet. Ce break précoce donne confiance au Tchèque.
Le langage corporel de Sinner devient perceptiblement moins serein qu’à l’accoutumée. L’Italien, connu pour son aplomb, affiche de l’agacement après quelques fautes inhabituelles : cela influe sur la qualité de ses choix tactiques, et la fréquence des variations – comme les amorties – augmente sans produire le rendement espéré. Mensik, au contraire, semble lucide dans les moments clés : il continue de dicter le point avec des frappes profondes, des montées précises et un service qui tient au moment opportun.
Au neuvième jeu, une série de retours puissants du Tchèque finit par casser le service de Sinner, concrétisant la domination accrue dans les échanges longs et moyens. Mensik conclut le match sur sa mise en jeu suivante, récoltant la victoire la plus significative de sa carrière jusqu’à présent.
Lecture technique : pourquoi Mensik a réussi
Conséquences sportives et perspectives
Pour Jannik Sinner, cette défaite sonne comme un deuxième coup d’arrêt après les espoirs nourris à l’Open d’Australie. L’enchaînement de matches disputés et la pression des attentes pèsent sans doute, mais le profil de Sinner — capacité à revenir et à corriger des automatismes — plaide pour une réaction rapide. Sur le plan technique, il doit retrouver la fiabilité de ses retours et une maîtrise tactique plus fine sur ses choix d’attaque, en particulier quand il décide d’abréger.
Pour Jakub Mensik, la victoire à Doha est une confirmation : son jeu percutant et son audace sont des armes réelles sur les surfaces rapides. Sa qualification en demi-finale contre Arthur Fils sera un test encore plus probant, confrontant son agressivité à un joueur aux qualités athlétiques et de coaching tactique élevées. Si Mensik parvient à répéter ces ingrédients — service, prise d’initiative et sang-froid — il pourrait créer d’autres surprises.
