«On m’a traité de singe» : la révélation choc de Destanee Aiava qui explique pourquoi elle quitte le tennis
Destanee Aiava a choisi de mettre un terme anticipé à sa carrière, une décision qui surprend et interroge tant par l’âge de la joueuse — 25 ans — que par la franchise des raisons avancées. Dans une interview récente, Aiava lève le voile sur un quotidien lourd, fait d’isolement, d’insultes et d’un environnement qu’elle qualifie de toxique. Au-delà du fait divers, son témoignage pose des questions essentielles sur la santé mentale des joueuses, le racisme dans le tennis et la nécessité de repenser les dynamiques humaines au sein du circuit. En tant qu’ancien joueur, je propose ici une lecture technique, mais aussi humaine, de ce que dit et révèle la décision d’Aiava.
Un retrait motivé par la douleur quotidienne
Le mot qui revient le plus dans le discours d’Aiava est « mensonge » : elle explique avoir vécu pendant des années une existence où elle feignait l’enthousiasme pour son sport alors que, en réalité, elle détestait se lever pour aller jouer. Ce constat peut surprendre venant d’une joueuse professionnelle, mais il n’est pas inédit : l’usure mentale, le manque de plaisir et le sentiment de faire un métier sans en retirer de sens sont des réalités. S’ajoutent à cela des épisodes de harcèlement verbal — litanie d’insultes en ligne et commentaires racistes dans les gradins — qui ont contribué à son ras-le-bol.
Aiava évoque des insultes ciblées, allant jusqu’à des propos la comparant à une « singe » ou à une « homme », et même des insinuations liées au genre. Ces attaques ne sont pas que des incidents isolés : elles s’additionnent et pèsent sur l’équilibre psychologique d’un athlète. Dans le cas d’une personne qui se trouve numériquement minoritaire sur le circuit par rapport à son origine, ces micro- et macro-agressions prennent une dimension particulièrement délétère.
La toxicité des relations internes : quand les rivalités dépassent le sport
L’autre volet du témoignage concerne l’atmosphère dans les vestiaires et autour du circuit. Aiava décrit un monde où les joueuses se parlent « dans le dos », où la cordialité affichée masque des comportements de mise à l’écart. La création de cliques, les commérages et la compétition sociale peuvent corroder la cohésion et isoler les individus. Dans un sport individuel comme le nôtre, le soutien humain est pourtant crucial : il permet de relativiser les défaites, d’évacuer la pression et de se reconstruire après les coups durs.
Quand la dynamique relationnelle tourne à la suspicion ou à l’hostilité, l’impact sur la performance est tangible : perte de confiance, stress supplémentaire, troubles du sommeil. Pour une joueuse qui admet ne plus éprouver de plaisir à jouer, l’arrêt peut apparaître comme la seule issue possible. Le tennis, en haut niveau, exige une forte résilience mentale ; mais celle-ci a des limites.
Racisme et invisibilisation : une réalité persistante
Aiava insiste sur le fait d’avoir été, en tant que femme de couleur, confrontée à des comportements discriminants. Le tennis, historiquement dominé par des joueurs blancs, a progressé sur le plan de la diversité, mais les incidents ponctuels et les micro-agressions restent problématiques. Le témoignage d’Aiava rappelle que la diversité sur le court ne suffit pas : il faut aussi des mécanismes institutionnels et culturels pour protéger et soutenir les athlètes issus de minorités.
Le racisme prend des formes multiples : insultes directes, commentaires racistes dans le public, attaques en ligne anonymes. Chacune a un effet cumulatif qui grève la motivation. De plus, l’absence de réaction forte ou le traitement minimal de ces incidents renforce le sentiment d’impunité des agresseurs et l’injustice ressentie par les victimes.
Conséquences pour la préparation et la carrière
Pour un joueur ou une joueuse, l’envie de s’entraîner et de progresser passe avant tout par le plaisir pris à jouer. Quand ce plaisir disparaît, la performance se dégrade. Aiava confie que certains matins elle aurait préféré « n’importe quoi plutôt que jouer au tennis ». Ce constat a des implices techniques : baisse d’intensité à l’entraînement, perte de régularité, prise de risques mal maîtrisée en match. Sur le long terme, cela conduit inévitablement à des résultats en dents de scie et à une démotivation renforcée.
Pour les entraîneurs et staff, repérer ces signaux est essentiel. Un joueur qui baisse de régime, qui exprime de la lassitude, qui parle de solitude doit être écouté et soutenu. Le travail mental ne peut plus être laissé au seul athlète : il faut des structures d’accompagnement psychologique permanentes et accessibles, ainsi qu’une culture de bienveillance au sein des équipes et des organisations.
Ce que les instances et les clubs peuvent mettre en place
Le témoignage de Destanee Aiava est un signal d’alarme mais aussi une opportunité : il force à regarder la face cachée du tennis professionnel, à écouter celles et ceux pour qui la pratique est devenue une contrainte psychologique. Pour le sport que nous aimons, la question est simple : voulons-nous un circuit sacrifique où la performance prime sur l’humain, ou un environnement où le bien-être des joueurs est une condition de la qualité du spectacle ? Les réponses détermineront certainement l’avenir de nombreux talents qui, aujourd’hui, hésitent à continuer.
