14 août 2026

Aryna Sabalenka se confie : comment le tennis l’a sauvée de la dépression et changé sa vie

US OPEN 2025 Women’s final Aryna Sabalenka (BLR) defeated Amanda Anisimova (USA) 6-3 7-6 (7/3) Photo © Ray Giubilo

Aryna Sabalenka s’est livrée sans filtre dans un long portrait publié par Time, qui la met en couverture. Au-delà de l’image publique — joueuse explosive, service redoutable, tempérament de combattante — la numéro un mondiale dévoile les épisodes sombres qui ont jalonné sa vie et la manière dont le tennis lui a permis de s’en sortir. Retours sur un témoignage franc et essentiel, avec quelques clés techniques et psychologiques pour les pratiquants qui, comme moi, ont passé des heures sur le court à chercher des réponses.

Une trajectoire marquée par la douleur et la résilience

Sabalenka évoque des événements lourds : la disparition de son père en 2019, des périodes de doute profondes liées à ses performances et des drames personnels plus récents. Ces épisodes ont laissé des traces et l’ont confrontée à la nécessité de se reconstruire. Le point venant en filigrane de l’entretien est simple mais puissant : le tennis n’a pas été seulement une carrière, il est parfois devenu un refuge, une discipline salvatrice.

Lorsqu’un sportif de haut niveau parle de « salut » par le sport, il faut entendre plusieurs strates. D’une part, la structure qu’offre l’entraînement — horaires, objectifs, routines — qui protège de l’errance mentale. D’autre part, la dimension sociale : staff, partenaires d’entraînement, médecins, psy, qui peuvent, s’ils sont bien entourés, constituer un filet de sécurité. Sabalenka insiste sur l’importance de replacer la compétition dans un cadre qui ne soit pas uniquement toxique ou culpabilisant.

Le rôle de la psychothérapie et de l’entourage

Dans l’entretien, Aryna mentionne son travail avec une psychologue, arrêtée puis reprise : une oscillation que connaissent beaucoup d’athlètes. Avancer dans le processus thérapeutique implique souvent plusieurs tentatives, une phase de rejet ou de scepticisme, puis une acceptation progressive. Le message à retenir pour tout joueur : persévérer dans l’accompagnement psychologique. Ce n’est pas un signe de faiblesse, mais un investissement pour durer.

Pour le joueur amateur ou confirmé, avoir un interlocuteur externe permet de mieux gérer la pression en match. Quelques axes concrets :

  • Structurer la préparation mentale par des routines pré-match (respiration, visualisation courte, ancrage sensoriel).
  • Travailler les micro-objectifs : ne pas viser la victoire finale mais la qualité d’un service, d’un coup droit, d’une prise d’initiative par jeu.
  • Maintenir des liens sociaux hors du court : famille, amis non liés au tennis, activités décompressives.
  • Comment le tennis peut « sauver » : mécanique et pratique

    Lorsque Sabalenka explique qu’elle se concentrait sur l’entraînement pour ne pas « trop penser », elle décrit un mécanisme bien connu : l’activation physique réduit le ruminement. L’effort libère des endorphines, la focalisation sur une tâche technique réduit la charge cognitive émotionnelle. En tant qu’ancien joueur classé, j’ajoute que l’entraînement technique a aussi cet avantage de redonner du contrôle — travailler un geste, répéter une séquence, c’est replacer l’individu dans un rapport de compétence mesurable.

    Sur le plan technique, Sabalenka a longtemps été identifiée par son service dominant et son jeu puissant. Face aux difficultés, la tentation est souvent de forcer encore plus, cherchant à compenser l’état intérieur par une surpuissance externe. C’est un piège. Voici quelques recommandations pragmatiques :

  • Réduire la complexité du plan de jeu en période de turbulence : revenir à 2-3 schémas de jeu fiables plutôt que d’essayer d’enrichir son répertoire.
  • Privilégier la qualité plutôt que la quantité lors des entraînements : des séries courtes et intenses avec feedback immédiat.
  • Intégrer des exercices d’équilibre émotionnel en fin de séance (respiration, étirements conscients) pour apprendre à revenir au calme.
  • Pressions extérieures et enjeux géopolitiques

    Sabalenka mentionne également les attaques verbales subies à la suite des tensions géopolitiques liées à son pays d’origine. La sphère sportive n’est jamais totalement séparée du contexte politique : les joueurs peuvent être pris à partie, stigmatisés ou instrumentalisés. Ceci est doublement pénible car cela ajoute une dimension de culpabilité ou de gêne à des moments où le seul objectif devrait être la performance et le bien-être.

    Pour les entraîneurs et encadreurs, la leçon est claire : protéger les joueurs de la sur-exposition négative, gérer la communication et rappeler que l’identité d’un sportif ne se réduit pas à sa nationalité ou à une position politique. Un encadrement prudent sait filtrer l’information, proposer un discours apaisant et préparer des réponses publiques mesurées pour réduire l’impact psychologique.

    Deuils, pertes et compétitions : la difficile conciliation

    Le fait qu’Aryna ait poursuivi la compétition malgré des nouvelles personnelles terribles — ou qu’elle ait puisé dans le tennis pour traverser ces périodes — ouvre un débat épineux : jouer sous le poids du deuil est-il thérapeutique ou préjudiciable ? Il n’y a pas de règle universelle. Certains trouvent dans la routine compétitive un moyen de donner un sens aux jours noirs ; d’autres auront besoin d’un retrait complet pour se reconstruire.

    Mon conseil pour un joueur confronté à une perte : évaluer honnêtement sa capacité émotionnelle. Demander un délai, ajuster le calendrier, accepter l’accompagnement médical et psychologique. Reprendre quand la pratique redevient source d’ordre et non d’éclatement.

    Objectifs et projets de vie

    Sabalenka partage aussi des projets personnels : construire une vie de famille après la carrière, planifier un équilibre entre ambitions sportives et désirs personnels. Cette vision à long terme est saine et utile pour tous les joueurs : avoir un horizon clair apaise la tension du présent et donne une perspective salutaire lors des moments de crise.

    Sur le plan de la préparation, mettre en place des étapes vers ces objectifs (planification financière, préparation post-carrière, formation continue) permet de réduire l’anxiété liée à l’après-sport et favorise une pratique plus sereine sur le court.

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